Il ne cherchait pas une méthode, il avait besoin d’une relation

Cavalier et cheval en parcours de saut d'obstacles, illustrant la confiance et la relation entre l'homme et le cheval.

Il y a quelques jours, j’ai accueilli un cheval dont le propriétaire souhaitait se séparer. Son cavalier, qui lui était profondément attaché, vivait cette décision avec beaucoup d’émotion. Il aimait sincèrement ce cheval, mais il avait aussi conscience que, malgré toute sa bonne volonté, il ne parvenait plus à lui offrir le cadre dont il avait besoin pour s’épanouir pleinement.

Comme dans beaucoup de structures équestres, les journées sont rythmées par les contraintes d’organisation, les nombreux chevaux à gérer et les impératifs économiques. Certains chevaux s’en accommodent parfaitement. D’autres, plus sensibles, ont besoin de davantage de disponibilité, de calme et d’une attention presque quotidienne.

Celui-ci faisait partie de ces chevaux-là.

C’était un cheval particulièrement émotif, débordant d’énergie et d’une grande sensibilité. Sa réactivité impressionnait parfois son entourage, au point qu’on hésitait à le longer ou à le laisser profiter du paddock. Non pas parce qu’il était un « mauvais » cheval, mais simplement parce qu’il exprimait, à sa manière, un profond besoin d’être compris.

Comme je le fais toujours lorsque je rencontre un nouveau cheval, je n’ai pas commencé par lui demander quelque chose.

Je lui ai simplement offert du temps. Le temps nécessaire pour que la méfiance laisse place à la confiance… jusqu’à devenir, pour lui, un véritable référent.

Quelques jours plus tard, j’envoyais au propriétaire et au cavalier plusieurs vidéos de son évolution. Le changement les a profondément surpris.

Le téléphone a sonné.

Le cavalier m’a demandé :

« Quelle gestion avez-vous mise en place ? Quel est votre secret ? »

Je lui ai répondu avec la plus grande sincérité :

« Je n’ai pas de recette miracle. Je lui ai simplement offert ce dont tout être vivant a besoin : du temps, de l’écoute, du respect, de la confiance… et la possibilité d’être compris avant d’être jugé. »

Il y eut un silence.

Car, au fond, il n’attendait pas cette réponse.

Il cherchait une méthode.

Le cheval, lui, avait simplement besoin d’une relation.

Aujourd’hui, c’est toujours le même cheval.

Il possède toujours la même énergie, la même sensibilité, le même tempérament.

Je ne l’ai pas changé.

Je lui ai simplement offert les conditions dans lesquelles il pouvait révéler le meilleur de lui-même.

Et cette réflexion ne concerne pas uniquement les chevaux.

Elle concerne chacun d’entre nous.

Nous vivons dans un monde où tout doit aller vite.

Nous cherchons des méthodes pour communiquer, des techniques pour éduquer, des recettes pour réussir, des solutions pour obtenir rapidement des résultats.

Pourtant, les plus belles choses de la vie refusent de se laisser presser.

La confiance demande du temps.

Le respect demande du temps.

L’amour demande du temps.

Une véritable relation demande du temps.

Depuis toujours, je ressens profondément le poids de l’engagement.

À partir du moment où un être vivant entre dans ma vie, je considère que je deviens responsable de la confiance qu’il place en moi.

Il y a huit ans, j’ai acheté mon cheval, Iggy Mouche. 

Je n’ai pas seulement acheté un cheval.

J’ai accepté une responsabilité.

Je n’ai pas de gros moyens financiers et son entretien représente un véritable investissement. Pourtant, je n’ai jamais regretté une seule journée.

Parce qu’un engagement ne se mesure pas à ce qu’il nous coûte.

Il se mesure à ce que nous sommes prêts à donner.

Chaque journée est faite de petits rituels.

Une pomme à la sortie du box.

Un arrêt qu’il m’impose devant la boîte à friandises. 

Une promenade en main avant le travail, pendant laquelle il s’amuse à fouiller dans mes poches ou à m’entraîner vers une touffe d’herbe ou un crottin à renifler… 

Ces instants peuvent sembler insignifiants.

Pourtant, c’est précisément là que notre relation s’est construite.

Pas pendant les séances de travail.

Mais dans ces quelques minutes où je ne lui demandais rien.

Où j’étais simplement heureux d’être avec lui.

Il en est de même avec ma mère.

Pas une journée ne passe sans que je l’appelle.

Je connais ses habitudes, ses inquiétudes, ses silences.

Je la vois vieillir et j’essaie d’anticiper ses besoins avant même qu’elle n’ait à les exprimer.

Et c’est peut-être là que les chevaux m’ont appris l’une des plus belles leçons de ma vie.

Aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement être présent lorsqu’il a besoin de nous. C’est apprendre à le connaître suffisamment pour deviner ses besoins avant même qu’il ait à les exprimer.

Je crois que c’est cela, aimer vraiment.

Ce n’est pas attendre que l’autre demande.

C’est être suffisamment attentif pour comprendre.

Au fil des années, les chevaux m’ont appris une vérité que je retrouve partout autour de moi.

Derrière un comportement difficile se cache souvent une émotion que personne n’a pris le temps de comprendre.

Derrière une réaction excessive se cache parfois une peur.

Derrière un refus, une incompréhension.

Derrière l’agressivité, une souffrance silencieuse.

Nous passons beaucoup de temps à vouloir corriger les comportements.

Et si nous commencions par chercher à comprendre ce qui les provoque ?

Je suis convaincu que le plus beau cadeau que l’on puisse offrir n’est ni un objet, ni de l’argent, ni même de belles paroles.

Le plus beau cadeau est notre temps.

Parce que donner son temps, ce n’est pas seulement offrir quelques minutes.

C’est offrir une partie de sa vie.

Les chevaux le comprennent immédiatement.

Les enfants aussi.

Nos parents également.

Et, au fond, chacun d’entre nous aspire à être regardé avec cette même qualité de présence.

Imaginez un instant ce que deviendrait notre société si nous cherchions moins à juger et davantage à comprendre.

Si nous cherchions moins à imposer et davantage à accompagner.

Si nous cherchions moins à exiger et davantage à écouter.

Nous découvririons alors que la confiance obtient ce que la contrainte n’obtiendra jamais.

Nous passons une grande partie de notre vie à vouloir être compris, aimés, respectés ou écoutés.

Et si nous commencions simplement par offrir tout cela aux autres ?

Un cheval ne demande pas que nous soyons parfaits.

Il demande seulement une présence sur laquelle il peut compter.

Les êtres humains ne sont finalement pas si différents.

Nous avons tous besoin de nous sentir en sécurité auprès de quelqu’un.

Nous avons tous besoin de savoir que quelqu’un prendra le temps de nous comprendre avant de nous juger.

Voilà ce que signifie réellement l’engagement.

Ce n’est pas une promesse.

C’est une présence.

Une présence que l’on choisit de renouveler, jour après jour.

Les chevaux nous rappellent une vérité que nous avons parfois oubliée.

La qualité d’une relation ne dépend jamais de la méthode que nous appliquons.

Elle dépend de la qualité de notre présence.

Et je crois profondément que la plus belle trace que nous laisserons sur cette terre ne sera jamais celle de nos performances, de nos réussites ou de ce que nous aurons possédé.

Elle sera celle de la confiance que nous aurons inspirée, de la paix que nous aurons apportée et de l’amour que nous aurons semé dans le cœur des êtres qui nous auront été confiés.

Car, au fond, une vie réussie ne se mesure peut-être pas à ce que nous avons accompli.

Elle se mesure à tous les êtres qui auront eu la chance de croiser notre chemin… et qui seront devenus plus sereins, plus confiants et plus heureux simplement parce que nous avons choisi de leur offrir ce qu’il y a de plus précieux : notre temps, notre bienveillance… et notre cœur.

Sportivement votre, 

Éric 

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