Veiller quand le monde célèbre

eric louradour

Il existe des périodes de l’année où le monde semble ralentir, où les familles se rassemblent et où l’on célèbre. Pourtant, pour certains, ces jours-là ne sont pas des pauses. Ils sont simplement la continuité d’un engagement.

Dans le monde du cheval, nous le savons mieux que personne. Les fêtes ne suspendent ni les soins ni les responsabilités. Un cheval ne connaît ni Noël ni le Nouvel An. Il connaît seulement la qualité d’une présence, la régularité d’un geste, la sincérité de celui ou celle qui vient à lui, quoi qu’il arrive.

En cette période, je souhaite partager quelque chose de personnel. Dans le passé, je n’ai pas toujours pu fêter les fêtes de fin d’année. Même lorsque j’étais en position de dirigeant, je laissais souvent le personnel d’écurie rejoindre leurs proches, pendant que je restais, moi, veiller au bien-être des chevaux. Cela me semblait naturel.

Mais une anecdote, plus ancienne encore, reste profondément gravée en moi. À mes débuts dans le métier, je louais quelques boxes pour des chevaux que l’on m’avait confiés en dépôt-vente. Je faisais tout : cavalier, palefrenier, gestionnaire, marchand. Mes moyens étaient plus que modestes. Les temps étaient durs.

Pourtant, je me sentais chanceux. Les généreux propriétaires de l’écurie m’avaient mis à disposition une maison abandonnée depuis longtemps. Il n’y avait ni chauffage, ni télévision, et seulement quelques meubles vétustes.

Le soir de Noël, je suis allé à la cabine téléphonique, car à l’époque il n’y avait pas de téléphone portable. J’ai appelé ma famille réunie pour l’occasion afin de leur souhaiter un joyeux Noël. J’entendais les rires, la vie, la chaleur de ce moment partagé. Maman m’a demandé :

« Et toi, que fais-tu ce soir ? »

Je lui ai répondu que j’étais invité chez des amis et que nous allions certainement passer une bonne soirée.

La vérité, c’est qu’à 20h30, j’étais déjà dans mon lit, blotti sous d’épaisses couvertures, glacé, seul et en pleurs. Je me posais mille questions sur mon avenir. Je me demandais si j’avais fait le bon choix en m’engageant dans ce métier.

Avec le recul, je sais aujourd’hui que ces moments difficiles font aussi partie du chemin. Ils forgent. Ils enseignent l’humilité, la persévérance et le sens des responsabilités. Ils rappellent que ce métier n’est pas un simple travail, mais une vocation.

C’est pour cela qu’aujourd’hui, j’ai une pensée profonde pour toutes celles et ceux qui s’occupent de nos chevaux pendant que d’autres font la fête. Pour celles et ceux qui sont présents dans l’ombre, par tous les temps, tous les jours de l’année. Leur engagement discret mérite reconnaissance et respect.

Aux jeunes qui débutent, je veux également dire ceci : il y aura des moments de doute, de solitude et de fatigue. Mais si vous êtes animés par l’amour du cheval et par l’envie sincère de bien faire, alors vous êtes à votre place. Le cheval le ressent. Et il vous le rendra, à sa manière.

Le cheval nous enseigne une chose essentielle : la vraie richesse ne se mesure ni en confort ni en reconnaissance immédiate, mais dans la constance, la bienveillance et le temps que l’on offre. Le plus beau cadeau reste la présence vraie.

En ces jours symboliques, pensons à tous ceux qui veillent, humains et animaux confondus. Car c’est dans cette fidélité silencieuse, invisible aux yeux de beaucoup, que se révèle la véritable grandeur de notre métier.

Je vous souhaite à toutes et tous de très belles fêtes de fin d’année, et que la chaleur de votre présence, même discrète, soit le plus beau cadeau que vous puissiez offrir.

Sportivement votre, Éric

Crédit photo: Florence Clot

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