On reconnaît une personne à ses gestes avant de la reconnaître à ses mots.
Pas besoin de grands discours : ramasser, aider, ranger…
Ces gestes-là disent tout — humilité, respect, éducation, caractère.
Je me souviens d’un jour chez Kevin Staut.
J’étais venu l’observer monter. Sans réfléchir, j’ai pris la brouette, ramassé les crottins, déplacé les obstacles, balayé les écuries…
Ces gestes m’étaient naturels. Kevin les a remarqués et m’a parlé d’humilité et de respect.
Dans le monde du cheval, j’ai compris depuis longtemps que ce ne sont pas la technique ou le talent qui marquent le plus, mais la façon d’être, la disponibilité et la générosité.
Des années plus tôt, en stage avec George Morris, je l’avais simplement aidé parce qu’il boitait.
Rien d’héroïque, juste un réflexe humain.
Quelques mois plus tard, il m’invitait à venir travailler avec lui aux États-Unis.
Oui : un tournant de vie peut naître d’un geste simple.
Si je raconte ces moments, ce n’est pas pour me glorifier, mais parce que ce sont ces petites choses — si petites qu’on les croit anodines — qui ont façonné mon chemin.
Et si je les partage aujourd’hui, c’est parce que dans la vie, les portes s’ouvrent rarement grâce au talent seul, mais souvent grâce à l’attitude.
On remarque toujours celui qui voit ce qu’il y a à faire… et qui le fait sans qu’on le lui demande.
Ramasser, ranger, aider : autant d’actes modestes qui construisent la confiance, ouvrent les portes et créent des liens vrais.
La reconnaissance ne vient pas d’un titre, mais de ce que l’on fait et de la manière dont on se comporte.
Avec le temps, j’ai compris que l’exemple est le plus bel enseignement.
C’est pourquoi je me permets aujourd’hui de donner un conseil aux plus jeunes : cultivez ces gestes simples, car ils en disent souvent bien plus que les discours.
Être un homme ou une femme de cheval, c’est être attentif : voir, sentir, agir sans attendre qu’on le demande.
C’est une élégance silencieuse, une intelligence du geste.
Et cette attitude dépasse largement les écuries : on la retrouve dans un restaurant, quand un client empile ses assiettes ou tend ses couverts.
Ces gestes discrets révèlent une vraie éducation du cœur.
Aujourd’hui, l’environnement dans lequel évoluent les jeunes — hyperconnecté, rapide, saturé de sollicitations — ne les aide pas toujours à développer cette attention fine au vivant.
Mais quand on voit un jeune qui observe, anticipe et agit sans qu’on le lui demande, cela se remarque immédiatement.
Et c’est souvent à travers ces gestes non demandés qu’on gagne la confiance et qu’on attire le regard d’un mentor.
Heureusement, il y a aussi de beaux exemples.
Dernièrement, un jeune cavalier que j’avais recommandé à Raphaël Dulin, de l’élevage de la Coquerie, a été embauché dès son premier jour.
Son implication, visible dans mille détails, a suffi à convaincre.
Preuve que l’engagement sincère se voit toujours.
La générosité, même discrète, n’est jamais perdue.
Elle inspire, relie, construit.
Ceux qui donnent sans calcul reçoivent toujours davantage.
Dans un monde pressé, ces gestes d’humilité et de bienveillance rappellent que la vraie grandeur se cache dans la simplicité.
Ramasser une assiette ou un crottin, aider un serveur ou un cavalier : au fond, c’est le même geste.
Un signe de considération.
Et peut-être la plus belle forme d’élégance : celle du cœur.
Sportivement vôtre, Éric





