L’autre jour, je me suis exclamé, presque atterré, en découvrant sur les réseaux sociaux une jeune cavalière qui riait d’avoir enchaîné neuf « georgettes » (lorsque le cavalier anticipe le saut et se jette en avant avant que le cheval ne décolle) sur un parcours de onze obstacles. La scène était accompagnée d’un extrait sonore de film humoristique. Comme si c’était drôle.
Mais derrière ces images, un cheval en difficulté. Déséquilibré. Contraint d’encaisser des coups dans la bouche et dans le dos à chaque abord manqué.
Quelques jours plus tard, une autre vidéo. Une cavalière en « taxi » (lorsqu’elle reste en arrière et subit le saut au lieu de l’accompagner), ballotée sur une combinaison mal abordée. Le cheval, lui, fait tout pour compenser, pour passer, pour réparer. Et là encore, on rit. Pire : on applaudit.
Comment peut-on en arriver à banaliser, voire valoriser, de tels moments de désaccord et de mal-être pour le cheval ?
Et ces images ne sont pas isolées. Cette semaine encore, sur une épreuve Pro 2 des championnats de France, un cavalier apparaissait en grande difficulté, secoué dans sa position, dans une équitation manquant de stabilité et de cohérence. Des situations qui interrogent, surtout à ce niveau, où l’on est en droit d’attendre davantage de justesse, de maîtrise et de respect dans la manière de monter.
On critique souvent le haut niveau. Mais les dérives existent à tous les étages. Dans les petites épreuves comme sur les plus grandes pistes. Ce n’est donc pas une question de catégorie, mais bien une question d’exigence.
L’équitation n’est pas qu’un sport. C’est un art. Un art de précision, d’équilibre, de discrétion. Monter, ce n’est pas “passer coûte que coûte”. C’est être à sa place, accompagner sans contraindre, dialoguer plutôt qu’imposer.
Cela demande une préparation réelle, y compris physique. Être capable de se tenir, de ne pas gêner son cheval, de l’accompagner dans l’effort. Lorsque ce n’est pas le cas, il faut savoir s’adapter, travailler autrement, progresser différemment. Pour le cheval.
Car lui ne choisit pas. Il subit. Il compense. Il donne, souvent au-delà du raisonnable.
Faire des erreurs est normal. Les afficher sans recul, les transformer en fierté, ne l’est pas. Ce que nous montrons et applaudissons construit les standards de notre sport.
Le plus préoccupant n’est pas seulement l’erreur. C’est le regard porté dessus.
Il est temps de retrouver de la lucidité. Ne pas tout accepter. Ne pas tout banaliser. Être capable de dire : ce n’est pas juste. Non pour condamner, mais pour protéger.
Les fédérations ont leur rôle à jouer : encadrer, éduquer, rappeler les fondamentaux. Car l’image de l’équitation ne se joue pas uniquement au plus haut niveau. Elle se construit chaque jour.
On le sait, l’équitation est un sport exigeant, souvent associé à une certaine élite sociale. Mais les moyens ne remplaceront jamais la justesse. L’argent ne doit pas ouvrir toutes les portes si les bases ne sont pas là. Une discipline qui renonce à ses valeurs finit toujours par se fragiliser.
Heureusement, beaucoup de cavaliers travaillent avec sérieux, humilité et respect. Ce sont eux qu’il faut mettre en lumière.
Car au fond, la vraie question n’est pas de franchir un obstacle.
C’est la manière dont on le franchit.
Monter à cheval doit être un plaisir, mais pas un jeu.
C’est une responsabilité.
Sportivement votre,
Éric
Credit Photo: Mathieu LCH Photo
Voilà ce que l’on doit valoriser : justesse, position, mentalité.
C’est pour cela que j’ai choisi Thibaut Heinguez pour monter mon cheval.





