Le week-end dernier, j’ai eu le privilège de diriger un stage avec plusieurs cavaliers majors de l’association Quadras de Bourgogne et Franche-Comté. Un week-end riche humainement, qui m’a rappelé à quel point l’équitation est bien plus qu’un sport : c’est une véritable école de vie.
Au centre de la carrière, à observer, corriger et accompagner chaque passage, j’ai vu bien davantage que des exercices techniques. J’ai vu des femmes et des hommes passionnés, dont beaucoup avaient entre 60 et 80 ans, continuer à apprendre avec une humilité et une exigence remarquables.
Ce qui frappe immédiatement chez cette génération de cavaliers, c’est la qualité des bases. Leur position, leur équilibre et leur fonctionnement à cheval témoignent d’années de travail patient et rigoureux. Rien n’est précipité, rien n’est improvisé. Cette équitation-là repose sur des fondations solides, et c’est sans doute ce qui leur permet aujourd’hui encore de monter avec autant de justesse, de fluidité et de longévité.
À une époque où tout doit aller vite, ils rappellent une vérité essentielle : en équitation, on ne construit rien durablement sans temps, sans rigueur et sans compréhension.
Mais ce qui m’a tout autant marqué, c’est leur capacité d’écoute. Du matin au soir, chacun reste attentif, observe les autres passages, échange, réfléchit, apprend. Une qualité devenue rare. Beaucoup oublient que l’on progresse aussi en regardant, en analysant et en restant ouvert à la remise en question.
Je repense à Alain. Après un bon parcours, je lui propose un obstacle plus imposant. Le cheval s’arrête. J’abaisse pour terminer positivement. Mais malgré une forme physique diminuée, Alain me demande de remonter l’obstacle. Non par orgueil, mais par exigence envers lui-même. Il revient, se reconcentre… et franchit avec justesse.
Cette scène résume parfaitement l’état d’esprit du stage : progresser sans brutalité, chercher la solution plutôt que la force, avancer avec détermination, mais toujours dans le respect du cheval.
Car l’équitation possède quelque chose d’exceptionnel : elle est l’un des rares sports que l’on peut pratiquer toute une vie. Lorsque les bases sont justes et que l’on sait s’adapter, l’âge devient secondaire. Il suffit de penser à la reine Élisabeth II, qui montait encore à cheval à plus de 90 ans. Peu de disciplines permettent de conserver aussi longtemps cette relation entre passion, exigence et liberté.
Et peut-être est-ce aussi parce que le cheval nous maintient en mouvement. Il nous oblige à nous lever, à sortir, à aller vers la nature, à garder une discipline de vie. Le cheval ne connaît ni la fatigue mentale ni les excuses : il nous pousse à rester actifs, présents et engagés. Beaucoup de cavaliers conservent grâce à cela une énergie et une vitalité remarquables.
L’exemple de Jean-François Colas en est une belle illustration. À 80 ans, il évolue avec fluidité et sérénité. Ancien chef d’entreprise aujourd’hui à la retraite, il conserve cette rigueur, cette constance et cette capacité d’adaptation qui donnent à son équitation autant de justesse que d’élégance.
Je pense aussi à Marc Baeke, lui aussi ancien chef d’entreprise, déjà présent lors d’un premier stage en octobre dernier. Les progrès réalisés depuis sont impressionnants. Toujours engagé en compétition avec l’objectif des championnats d’Europe Ambassadors, il rencontrait régulièrement des difficultés dans les combinaisons en concours. Fidèle à cette logique d’analyse et de construction que l’on retrouve souvent chez les anciens dirigeants, il a choisi de terminer la séance en travaillant précisément ce point. Après un parcours à 1,15 m exécuté avec beaucoup de justesse, nous avons ainsi conclu sur un triple isolé à 1,20 m, franchi avec fluidité et maîtrise.
Chez ces cavaliers, on retrouve souvent les qualités de ceux qui ont construit et dirigé toute une vie professionnelle : la capacité d’analyse, l’anticipation, le goût du travail bien fait et le refus de laisser place au hasard. À cheval comme dans l’entreprise, ils observent, réfléchissent, ajustent et cherchent à maîtriser chaque détail. Mais toujours avec respect et intelligence, car le cheval impose l’humilité : on ne peut rien construire durablement contre lui.
Ce stage doit aussi beaucoup à ses participants. Leur engagement, leur générosité et leur état d’esprit ont créé une atmosphère rare, faite de respect, d’écoute et de passion partagée.
Je remercie sincèrement Anne-Laure et Alain Courvoisier pour leur accueil chaleureux, leur confiance et l’organisation de ce week-end. Merci également à tous les cavaliers pour ces moments d’échange, de convivialité et de partage.
Car au-delà du travail à cheval, ce stage fut aussi un vrai moment de vie : de longues discussions, de bons repas, d’excellents vins et cette simplicité authentique qui rend ces rencontres si précieuses.
Une atmosphère chaleureuse entretenue par Anne-Laure et Vera, qui nous ont régalés par leur talent et leur générosité en cuisine.
Peut-être que la plus grande leçon est là : l’équitation n’est pas seulement un sport. C’est un chemin.
Un chemin qui apprend la patience, l’humilité, le respect et la persévérance. Et tant qu’il restera un cheval à écouter, une difficulté à comprendre ou un parcours à recommencer, il n’y aura ni âge pour apprendre… ni limite pour progresser.
Sportivement vôtre,
Éric





