L’équitation de demain se construit aujourd’hui, au bout d’une carotte
On parle beaucoup de l’avenir de l’équitation.
D’études, de scénarios, de projections.
Mais pour moi, tout commence ailleurs.
Parfois, simplement, au bout d’une carotte.
Une étude prospective menée par l’IFCE et la Fédération Française d’Équitation projette l’avenir de la filière équine à l’horizon 2040. Quatre scénarios se dessinent : le cheval est partout, le cheval est en danger, le cheval est oublié, ou le cheval devient un luxe.
Cette réflexion, menée avec des acteurs de nombreux pays européens, montre que l’équitation ne se vit pas de la même manière partout. Les réalités, les priorités et les façons de faire varient selon les pays.
Elle rappelle surtout une chose essentielle : l’avenir de l’équitation dépend de notre capacité à construire une pratique solide, ouverte à tous, et capable de s’adapter à des contextes très différents.
À la lecture de ces perspectives, un sentiment s’est imposé à moi : ce futur-là, je le questionne et je le travaille depuis longtemps. Bien avant qu’il ne devienne un objet d’étude, il faisait déjà partie de mes préoccupations quotidiennes, presque intimes.
Lorsque j’étais entraîneur national en Italie, j’ai rapidement compris que la performance, à elle seule, ne suffirait plus.
Gagner, former, structurer des équipes : oui. Mais à quel prix ? Et surtout, avec quelle vision du cheval ?
C’est à cette période que j’ai commencé à écrire et à prendre position. Mon message était simple, parfois inconfortable : la performance ne pouvait plus être le seul horizon de notre pratique. Il fallait repenser en profondeur notre rapport au cheval, et avec lui, certaines mentalités.
Ces prises de position n’ont pas toujours été bien accueillies. Remettre en question certaines habitudes ou certaines visions établies dérange. Pourtant, la confrontation d’idées et la critique constructive sont indispensables : elles ouvrent le dialogue et permettent l’évolution d’une filière.
Je me souviens encore de mon premier concours en tant qu’entraîneur national avec l’ensemble des équipes jeunes. À la sortie du terrain, je me tenais là pour chaque cheval. Pas pour commenter le parcours. Pas pour analyser la performance. Simplement pour offrir une carotte à chacun d’eux.
Un geste anodin, en apparence.
Et pourtant, il disait tout de ma philosophie équestre : le respect, la reconnaissance et la gratitude envers le cheval, avant toute autre considération.
Aujourd’hui, en découvrant les conclusions de l’étude IFCE / FFE, je ressens à la fois de l’inquiétude et une forme de confirmation.
De l’inquiétude, face à des scénarios parfois alarmants.
De la confirmation, parce que les constats rejoignent exactement ce que je défends depuis des années.
Un point essentiel ressort de cette enquête : la légitimité sociale des activités équines n’est jamais acquise. Elle doit être démontrée, expliquée, partagée avec la société. C’est une réalité que nous ne pouvons plus ignorer.
L’équitation ne pourra exister durablement que si elle s’inscrit pleinement dans la transition écologique, si elle diversifie ses modèles économiques et, surtout, si elle élève le niveau de formation et de compétences de ses acteurs. Pas uniquement sur le plan technique, mais aussi humain, pédagogique et éthique.
Car le cœur du sujet est bien là : notre rapport au cheval.
C’est ce rapport, souvent invisible, qui conditionne pourtant la confiance de la société dans nos pratiques.
Tant que le cheval sera perçu majoritairement comme un outil, un moyen d’accéder à une performance ou à un loisir, sa place dans la société restera fragile. À l’inverse, une équitation raisonnée, respectueuse du vivant, capable d’expliquer ce qu’elle apporte à l’humain — en termes d’éducation, de lien et de sens — peut redevenir légitime et désirable.
L’étude met également en garde contre un danger majeur : la tentation de la passivité. Cette alerte résonne fortement avec ce que j’observe depuis longtemps sur le terrain. Trop souvent, la formation continue est perçue comme une contrainte. On manque de temps. On remet à plus tard. On pense savoir.
Pourtant, dans la plupart des autres secteurs professionnels, continuer à se former est une évidence. Non pas parce que l’on ne sait rien, mais parce que l’on sait que les compétences s’usent, que les contextes évoluent et que les pratiques doivent être régulièrement questionnées. Apprendre, actualiser, confronter ses acquis fait partie intégrante du métier. Pourquoi l’équitation ferait-elle exception ?
Si le cheval devient un luxe, il s’éloignera encore davantage de la société et renforcera une image élitiste déjà bien ancrée.
Si le cheval est en danger, c’est toute une filière, une culture et une passion qui risquent de s’éteindre progressivement.
Mais si le cheval est partout, ce ne sera pas par hasard. Ce sera le résultat de choix assumés, d’une capacité à évoluer, à se remettre en question et à agir dès maintenant.
L’avenir de l’équitation ne se joue pas uniquement dans des rapports, des webconférences ou des scénarios prospectifs. Il se construit chaque jour : dans nos choix pédagogiques, dans la qualité de nos formations, dans notre capacité à écouter la société… et à écouter nos chevaux.
L’équitation de demain se construit aujourd’hui.
Dans nos manèges, dans nos écuries, dans nos salles de formation.
Et parfois, simplement, au bout d’une carotte.
Pour aller plus loin dans votre réflexion, je vous invite à consulter L’Étude prospective « La filière équine européenne à horizon 2040 » – IFCE / European Horse Network

https://equipedia.ifce.fr/economie-et-filiere/economie/conjoncture-et-prospective/prospective-filiere-equine-europeenne-2040-scenarios Elle mérite d’être lue, regardée et débattue, car elle nous concerne tous.
Sportivement vôtre,
Éric





