L’assiette des meilleurs : la leçon d’Aix-la-Chapelle

Assiette et équilibre du cavalier à Aix-la-Chapelle

À Aix-la-Chapelle, les meilleurs cavaliers du monde nous offrent en ce moment une formidable leçon d’équitation.

Regardez particulièrement les parcours de Julien Épaillard, Nina Mallevaey, Harrie Smolders, Steve Guerdat, Daniel Deusser, Henrik von Eckermann, Marcus Ehning ou Richard Vogel. Ils ont tous un style différent, mais observez leur bassin : on retrouve chez eux une même qualité essentielle, une assiette légère, mobile et disponible.

Mais qu’est-ce qu’une bonne assiette ?

C’est la capacité du cavalier à rester en équilibre avec son cheval et à utiliser son bassin et son poids pour activer, accompagner ou rééquilibrer, sans avoir besoin de tenir avec ses mains ou de serrer avec ses jambes.

Une bonne assiette n’est donc pas une position figée.

C’est une assiette capable de changer sans perturber le cheval.

Regardez Julien Épaillard

La vidéo qui accompagne cet article est particulièrement intéressante.

Regardez d’abord Julien loin de l’obstacle. Lorsqu’il souhaite créer du rythme et de l’énergie, observez comme son bassin peut devenir actif. Son corps accompagne le galop et participe à son impulsion.

Puis regardez ce qui se passe dans la zone d’abord.

Le bassin devient plus neutre. Le cavalier continue d’accompagner son cheval, mais il lui laisse davantage d’espace pour organiser ses dernières foulées, regarder son obstacle et préparer son saut.

On pourrait l’expliquer très simplement :

« Loin de l’obstacle, je crée l’énergie. Près de l’obstacle, je laisse mon cheval l’utiliser. »

Trois articulations, trois ressorts

Regardez maintenant autre chose : la hanche, le genou et la cheville.

Ces trois articulations fonctionnent comme des ressorts.

L’angle coxo-fémoral, l’angle du genou et celui de la cheville peuvent continuellement s’ouvrir et se fermer pour permettre au cavalier de rester en équilibre et proche de son cheval.

C’est particulièrement visible au moment du saut.

Le cheval monte vers le cavalier et le cavalier accepte cette montée en fermant ses angles. Son corps se rapproche ainsi du cheval sans tomber sur son encolure et sans peser sur son dos.

C’est une différence essentielle :

Le bon cavalier ne se jette pas vers son cheval. Il ferme ses angles pour rester avec lui lorsque le cheval monte vers lui.

Pour comprendre l’équilibre, imaginez un T

Il existe une image très simple pour comprendre ce que font les meilleurs cavaliers lorsqu’ils montent en équilibre : imaginez la lettre T.

La barre verticale du T représente les jambes qui descendent jusqu’aux pieds et aux étriers.

Et les pieds deviennent le point autour duquel le cavalier organise son équilibre.

La barre horizontale du T représente la répartition du corps autour de ce point : d’un côté, les fesses peuvent reculer ; de l’autre, le haut du corps vient légèrement vers l’avant grâce à la fermeture de l’angle de la hanche.

Le cavalier ne tombe donc ni en avant, ni en arrière.

Il reste centré sur ses pieds.

C’est très intéressant à observer chez certains grands cavaliers. Leur bassin peut sembler très reculé et pourtant ils ne sont absolument pas en arrière de leur cheval.

Pourquoi ?

Parce qu’ils ont réparti leur corps de part et d’autre de leurs appuis.

Les jambes descendent, les articulations se ferment, les fesses reculent et le haut du corps vient équilibrer l’ensemble.

Retenez cette image :

« Mes jambes descendent, mes fesses reculent, mon haut du corps s’avance… et mes pieds restent au centre de ma balance. »

Voilà pourquoi monter en équilibre ne signifie pas simplement se lever au-dessus de sa selle.

Monter en équilibre, c’est répartir son poids autour de ses pieds.

Être léger ne signifie pas être loin du cheval

C’est probablement l’idée la plus importante.

Une assiette légère n’est pas un cavalier perché au-dessus de sa selle.

Au contraire, les grands cavaliers savent descendre dans leurs jambes tout en gardant leur bassin proche du cheval.

Les hanches, les genoux et les chevilles absorbent le mouvement. Le bassin peut reculer ou se rapprocher de la selle sans que le cavalier perde son équilibre.

Il devient alors possible d’être très proche du cheval sans peser sur son dos.

Être proche sans être pesant.

Être actif sans être agité.

Être présent sans être envahissant.

Observez maintenant tout le cycle

Revenez au parcours de Julien Épaillard.

Loin de l’obstacle, observez le bassin qui peut s’activer pour créer du rythme.

À l’approche, regardez-le devenir plus neutre.

Puis observez la fermeture progressive des angles lorsque le cheval quitte le sol et monte vers son cavalier.

Enfin, regardez la réception : les angles se rouvrent, le cavalier retrouve son équilibre et son bassin peut immédiatement redevenir disponible pour recréer l’énergie nécessaire à l’obstacle suivant.

On obtient alors un cycle très simple :

ACTIVER → DEVENIR NEUTRE → FERMER LES ANGLES → LAISSER SAUTER → SE RÉÉQUILIBRER → RÉACTIVER.

Et faites ensuite la même observation avec Smolders, Guerdat, Deusser, von Eckermann ou Vogel.

Ils ne montent pas tous de la même manière — et heureusement !

Ne cherchez donc pas une position parfaite à copier.

Cherchez plutôt leur capacité à modifier leur position sans perdre leur équilibre ni perturber celui du cheval.

C’est cela, la véritable légèreté.

Comment améliorer son assiette ?

Il faut d’abord apprendre à devenir responsable de son propre équilibre.

Le travail sans étriers, la position en équilibre, les transitions entre assiette assise et assiette légère, les barres au sol et les petites lignes de gymnastique permettent progressivement de renforcer le corps et de libérer les articulations.

Lorsque les conditions de sécurité le permettent, quelques foulées sans les rênes peuvent également être très révélatrices.

Et posez-vous régulièrement cette question :

« Si je lâchais mes mains maintenant, resterais-je en équilibre sur mes pieds ? »

Si la réponse est non, peut-être demandez-vous encore à vos mains — ou à votre cheval — de faire une partie du travail que votre propre corps devrait accomplir.

La véritable leçon d’Aix-la-Chapelle

Construire une belle assiette demande du temps.

Il faut de la patience, de la répétition et surtout du courage.

Il faut accepter l’effort, les courbatures normales de l’apprentissage et parfois recommencer des centaines de fois avant que le corps comprenne.

Car progresser en équitation ne signifie pas toujours devenir plus exigeant envers son cheval.

Cela signifie souvent commencer par devenir plus exigeant envers soi-même.

Petit à petit, le corps se renforce. Puis, paradoxalement, il apprend à se relâcher.

Les articulations deviennent disponibles, les tensions disparaissent et le cavalier commence réellement à suivre le mouvement de son cheval.

C’est alors qu’apparaît ce mot merveilleux de l’équitation :

le liant.

Cette sensation que le cavalier et le cheval ne sont plus deux corps qui cherchent séparément leur équilibre, mais deux corps qui bougent ensemble.

Alors, pendant ce Championnat du monde à Aix-la-Chapelle, ne regardez pas seulement qui gagne.

Regardez les bassins.

Regardez les pieds.

Regardez les hanches, les genoux et les chevilles.

Regardez quand les meilleurs agissent… et surtout quand ils savent arrêter d’agir.

Car la légèreté n’est pas une position.

C’est la capacité du cavalier à modifier son corps sans perturber l’équilibre de son cheval.

Et avant de demander à notre cheval de faire mieux, ayons toujours le courage de nous demander :

« Qu’est-ce que moi, cavalier, je peux faire mieux ? »

Sportivement vôtre,

Eric

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