Le cheval face à la chaleur : il est temps de repenser notre sport

Manège couvert conçu pour offrir aux chevaux un espace d'entraînement plus frais pendant les périodes de fortes chaleurs.

Pendant des décennies, le monde équestre a évolué dans un climat relativement stable. Les concours, les infrastructures et les habitudes d’entraînement ont été pensés pour cette réalité.

Mais cette réalité a changé.

Le réchauffement climatique n’est plus une prévision pour les générations futures. Il est déjà là. Chaque été apporte son lot de records de température, de périodes de sécheresse et de vagues de chaleur de plus en plus longues.

Pourtant, notre sport continue souvent à fonctionner comme si rien n’avait changé.

Le cheval est un athlète remarquable, mais il reste avant tout un être vivant. Il ne choisit ni les conditions dans lesquelles il voyage, ni celles dans lesquelles il s’entraîne ou concourt. Il dépend entièrement de notre capacité à anticiper ses besoins.

C’est pourquoi je suis parfois surpris de voir certaines épreuves importantes se dérouler en pleine après-midi, au moment où les températures atteignent leur maximum. Dans un monde où nous parlons constamment de bien-être animal, cette question mérite d’être posée avec sincérité.

Ne devrions-nous pas privilégier davantage les premières heures de la matinée ou les fins de journée lorsque les conditions sont plus favorables ?

D’ailleurs, cette idée n’a rien de révolutionnaire. Pendant de nombreuses années, les concours nocturnes occupaient une place importante dans le calendrier équestre. Beaucoup d’épreuves réputées étaient organisées tôt le matin ou en soirée, permettant aux chevaux comme aux cavaliers d’évoluer dans des conditions bien plus agréables.

Ces compétitions possédaient souvent une atmosphère particulière. Les températures étaient plus clémentes, les chevaux plus disponibles dans leur corps et les spectateurs appréciaient ces soirées qui donnaient aux concours une dimension presque magique.

Il est peut-être temps de redécouvrir certaines de ces bonnes pratiques. Adapter les horaires des épreuves aux réalités climatiques actuelles ne constituerait pas une rupture avec notre histoire. Ce serait au contraire un retour à un bon sens que notre sport a parfois connu par le passé.

Le monde des courses hippiques a déjà commencé à s’adapter. Plusieurs réunions ont été reportées, déplacées ou annulées dernièrement lorsque les conditions météorologiques étaient jugées incompatibles avec le bien-être des chevaux.

Cette capacité à remettre en question les habitudes est sans doute l’un des grands défis qui attendent également le saut d’obstacles.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faille arrêter toutes les compétitions durant l’été. Mais cela implique de repenser leur organisation avec beaucoup plus d’exigence.

Lorsqu’un concours choisit de se dérouler pendant une période de fortes chaleurs, il devrait mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour préserver le confort et la récupération des chevaux. Brumisateurs, ventilateurs dans les écuries temporaires, zones d’ombre suffisantes, douches performantes, points d’eau accessibles à proximité des paddocks et des pistes, espaces de récupération adaptés ou encore programmation des épreuves aux heures les plus fraîches devraient progressivement devenir des standards et non des options.

Les grands championnats et certaines compétitions internationales démontrent déjà qu’il est possible d’investir dans ce type d’infrastructures. Le défi consiste désormais à diffuser ces bonnes pratiques à l’ensemble de la filière.

Car le bien-être du cheval ne dépend pas d’une seule grande décision. Il dépend souvent d’une multitude de détails qui, mis bout à bout, font toute la différence.

Mais l’adaptation ne concerne pas uniquement les horaires des compétitions ou les équipements mis à disposition sur les concours.

Entre 2016 et 2023, alors que je travaillais en Italie, j’ai eu la chance de pouvoir créer une écurie entièrement pensée autour du confort des chevaux.

J’ai notamment fait construire un manège couvert doté d’une toiture isolée et sans aucune entrée de lumière par le plafond. L’objectif était simple : permettre aux chevaux de travailler à l’ombre même durant les périodes de fortes chaleurs.

Sur les côtés, le bâtiment reposait sur un mur équipé d’un pare-botte d’environ 1,25 mètre de hauteur. Au-dessus étaient installées de grandes fenêtres amovibles en plexiglas.

L’hiver, elles permettaient de conserver un espace protégé tout en offrant aux chevaux une visibilité permanente sur l’extérieur, évitant ainsi la sensation d’enfermement que l’on retrouve dans certains manèges traditionnels. L’été, ces panneaux pouvaient être retirés afin de favoriser la circulation naturelle de l’air et d’offrir une ventilation optimale.

À l’époque, certains considéraient ces détails comme accessoires. Aujourd’hui, je suis convaincu qu’ils représentent une partie des solutions dont notre filière aura besoin demain.

Nous observons déjà l’apparition de nouvelles approches : les sols sub-irrigués permettant de réduire considérablement la consommation d’eau, l’utilisation de matériaux comme les écorces de bois limitant les besoins en arrosage, ou encore la conception d’infrastructures mieux adaptées aux nouvelles réalités climatiques.

Plutôt que de subir les changements qui s’annoncent, nous devons apprendre à les anticiper. Le bien-être du cheval dépendra de plus en plus de notre capacité à repenser les détails qui, hier encore, semblaient insignifiants.

Cette conviction guide également mes choix personnels.

L’an dernier, dès le 30 juin, j’ai décidé de mettre mon cheval Iggy Mouche au repos de compétition pendant toute la période des fortes chaleurs. J’ai recherché une structure lui permettant de passer ses nuits au pré et j’ai adapté mon organisation afin de le travailler uniquement tôt le matin.

Je ne considère pas cette décision comme exceptionnelle.

Je la considère simplement comme une adaptation logique à une réalité qui s’impose désormais à tous.

Aujourd’hui, il suffit de lire certains commentaires sur les réseaux sociaux pour comprendre que la société observe de plus en plus attentivement nos pratiques. Les images de chevaux évoluant sous des températures extrêmes suscitent souvent l’incompréhension et interrogent bien au-delà du monde équestre.

Bien sûr, rien ne change du jour au lendemain. Paris ne s’est pas construit en un jour. Les infrastructures, les habitudes et les mentalités ont besoin de temps pour évoluer.

Mais l’essentiel est peut-être d’avoir le courage de reconnaître que le climat change et que notre sport devra apprendre à s’adapter avec lui.

Car si nous voulons préserver l’avenir des sports équestres, nous devons montrer que notre passion est capable d’évoluer sans jamais perdre de vue ceux qui en sont la véritable raison d’être : nos chevaux.

Sportivement votre, 

Éric 

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